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Article in « Down in naked city » (publié le 17/12/2007)

Article in « Down in naked city » (publié le 17/12/2007)

« Né le 28 décembre 1981, il vit et travaille en région parisienne et en Avignon. Après des études aux beaux-arts de Bordeaux et une formation d’éducateur spécialisé, à Paris, il obtient le diplôme de peintre en décors du patrimoine, en Avignon. Puis il devient artiste peintre… un rêve d’enfant. »

Les informations sur ce peintre sont rares et sommaires ; Gebka semble avoir disparu d’Internet ; peu de nouvelles, sa dernière exposition remonterait vraisemblablement à 2006. Noyer dans l’anonymat, reconnaissance dérisoire, inexistence de site officiel…
Qu’est devenu Gabriel Gebka ?

72 x 64 cm. Huile sur toile. L’orphelinat de Bois Renard.
C’est en ces jours dits de festivité que je repense à ce tableau.
23 décembre, les rues ne sont bien entendues pas vides, mais emplies d’individus que la féerie du moment tente de pénétrer. En vain. Je n’arrive plus à me séparer de l’idée qu’ils sont manipulés par une considération sociologique qui fait de l’Homme-de-fin-d’année, un homme heureux. Alors, ils naviguent dans les méandres de la cité espérant, sincèrement, contribuer à l’allégresse générale; cette dernière persuadant l’Homme qu’il n’est pas un être esseulé en ce monde. Conscientiser l’Homme-de-fin-d’année à sa solitude, c’est prendre le risque d’augmenter le nombre de suicide.
Les Hommes : Orphelins de Bois Renard ?

Qu’importe ! Ces mouvements urbains m’ont rappelé ce tableau de Gabriel Gebka…

Interstice magistral par lequel je pénètre dans l’œuvre de Gebka. Toile titanesque et abyssale. Les références picturales se désagrègent d’ailleurs dans mon esprit. Pantois, on me susurre le terme d’expressionnisme, j’y reste indifférent.
C’est pourtant des références littéraires qui me viennent à l’esprit, et notamment celles qui tournent autour du Spleen. « La solitude » ou « Chacun sa Chimère » du Spleen de Paris de Baudelaire, mais bien plus encore « Le crépuscule du soir » des Fleurs du Mal :

« C’est l’heure où les douleurs des malades s’aigrissent !
La sombre Nuit les prend à la gorge; ils finissent
Leur destinée et vont vers le gouffre commun ;
L’hôpital se remplit de leurs soupirs. – Plus d’un
Ne viendra plus chercher la soupe parfumée,
Au coin du feu, le soir, auprès d’une âme aimée.

Encore la plupart n’ont-ils jamais connu
La douceur du foyer et n’ont jamais vécu ! »

Le contraste entre la blanche neige et la noir ambiance invite Tim Burton et le somptueux L’Etrange Noël de Monsieur Jack à la liste des évocations de la toile. Suggestion que renforce la ressemblance filiforme de l’homme au sceptre avec Jack Skellington.

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Bien qu’aucune information appuie l’existence d’un orphelinat de Bois Renard, un château du même nom existe cependant. Le lieu fût-il choisi au hasard ? Le château de Bois Renard côtoyant les célèbres châteaux de la Loire se situe sur l’axe ancestral des voyages Paris-Bordeaux. Deux villes importantes pour Gabriel Gebka…

Nombreuses sont les supputations, interprétations qui sont susceptibles d’être construite. La première considération à faire, outre celle des couleurs récurrentes que sont le bleu nuit, le blanc et le noir, c’est la parfaite symétrie du tableau. Symétrie verticale que le sceptre semble personnifier.
La seconde remarque, plus générale, concerne l’ambiance. Nocturne et glaciale jusqu’en devenir macabre, l’orphelinat revêt en ce temps hivernal un caractère dantesque et irréel. La perspective du pont lereliant au bâtiment central du fond ne semble pas terminé laissant ainsi une impression de flottement nébuleux ; les ailes de l’orphelinat apparaissant dès lors détaché du corps central de la bâtisse. Chimérique.

Mais que représente ce tableau ? Qui sont ces personnages ?
Les personnages sont ici nombreux, indépendamment du serpent et de l’homme au sceptre nombre d’enfants hantent l’orphelinat. Ectoplasmes ? Sans doute, et les émanations brumeuses de sorcière et de visages difformes renforcent cette idée d’orphelinat de lémures.
Seul l’homme au spectre semble étrangement réel, très probablement gardien du bâtiment (en témoigne les traces de pas dans la neige), il me semble pourtant n’occuper que la seconde place de l’action. Le serpent, ou plus précisément le cobra, est l’élément central de la toile ; C’est lui qui vient perturber et mettre en mouvement un cadre glacial et imperturbable.

Le serpent et ses symboliques diverses sont la cause des interprétations multiples sur l’exacte consistance et déroulement de l’action. Représentant le Mal, mystère de la vie et de la mort, le cobra peut ici appuyer le caractère démuni des orphelins. Exprime t-il la mort des parents, ou celle annonciatrice des orphelins de Bois Renard ? Le contact entre l’au-delà et la vie réelle semble personnifié par cet animal que des orphelins horrifiés contemplent.
Le gardien quant à lui tient une étonnante posture. Peu à même d’intervenir dans l’aspect originellement défensif du cobra, il semble assister à la scène avec une inquiétude palpable… gardien impuissant d’une vérité qui le dépasse.

Gabriel Gebka est un artiste, très accès sur des thèmes philosophiques, il est source de sempiternelles suggestions, analyses, interprétations…du moins pour les rares personnes qui ont déjà croisés l’une de ses œuvres.

Bon anniversaire, Monsieur Gebka.

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